Un homme, un itinéraire

27 juin 1940 : ruse audacieuse à Grugé L’Hôpital

Le Capitaine de Hauteclocque, héritier d’une vieille famille aristocratique terrienne de Picardie, fait partie de ces officiers qui, au plus fort de la débâcle de juin 40, veulent tenir face à l’ennemi envahisseur de la France.

Du 10 mai au 21 juin 1940, dans le nord et l’est de la France, le chef du 3ème bureau de la 4ème Division d’Infanterie combattant en première ligne face à l’ennemi, les péripéties de la bataille le transforment deux fois en prisonnier des allemands auxquels il échappe malgré sa blessure à la tête due à un éclat d’obus le 15 juin à Magnant dans l’Aube. Son désir ardent de continuer la lutte le conduit en vélo à Paris le 21 juin au siège des établissements Wendel qui appartiennent au cercle familial. Il y est accueilli, soigné et on lui donne des pièces d'identité, le capitaine devient tout simplement un représentant de la maison Wendel, dégagé de toutes obligations militaires. Il restera quelques jours à se reposer.

Il entend la BBC qui retransmet l’appel du Général de Gaulle, de Londres, chez nos amis anglais qui continuent le combat. Enfin un espoir ! Il ne saurait être question pour lui de se résigner à l’armistice, il veut continuer la lutte.

Le Capitaine de Hauteclocque part de Paris le matin du 26 juin avec une voiture et un chauffeur de chez Wendel (et sa bicyclette) dans l’espoir de retrouver sa femme et ses six enfants réfugiés au château de Champiré, à Grugé l’Hôpital dans le nord du Maine-et-Loire, propriété de la famille de Bodard. Sa sœur ainée, Yvonne, est mariée à M. Pierre de Bodard.

Le 26 juin 1940, en soirée, il arrive au château de Champiré où il retrouve ses parents, sa sœur Yvonne et des membres de sa famille. Sa femme, ses enfants, ses neveux et sa nièce sont partis en voiture et en vélo vers la Gironde, dans leur propriété viticole de Vergnes-les-Vignes près de Sainte-Foy-la-Grande. Le soir même, Philippe de Hauteclocque entend à la BBC une allocution du Général de Gaulle qui le conforte dans son intention de continuer le combat. Il décide alors de rejoindre le Chef de la France Libre à Londres, mais il lui faut trouver un moyen pour se procurer des papiers d’identité officiels disparus lors de son périple et surtout un laissez-passer.

Or, depuis le 17 juin, la commune de Grugé l'Hôpital est occupée par l'armée Allemande, les réserves de benzine de toute la région sont camouflées en forêt d'Ombrée et 200 soldats environ sont logés dans toutes les maisons du Bourg dont 17 chez le maire.

La Kommandantur a pris possession de la mairie, les dossiers et le secrétariat ont été transférés au presbytère, car le secrétaire de mairie est le curé de la paroisse, l'abbé Francis Brossier. Il y a aussi dans la commune beaucoup de réfugiés du Nord et de Belgique depuis l'invasion allemande.

Le 27 juin 1940, comme tous les matins, à 6 heure 30, Mme Yvonne de Bodard et le maire, Mr Edouard Delanoë, fidèles paroissiens, assistent à la messe dans l’église de Grugé l’Hôpital. Après l’office, dans la sacristie, en présence du maire et du curé secrétaire de mairie, Mme de Bodard explique la situation et le souhait de son frère Philippe. Elle leur remet une petite feuille rédigée de la main du Capitaine souhaitant un laissez-passer pour traverser les lignes allemandes, la ligne de démarcation et rejoindre la zone libre, sur laquelle on lit : "Philippe de Hauteclocque, représentant en vins, dégagé des obligations militaires, père de six enfants, souhaitant rejoindre son vignoble et sa famille dans le bordelais".

M. Delanoë, ancien combattant de 14-18, connaît  bien les allemands avec lesquels il doit négocier chaque jour dans sa mairie transformée en Kommandantur car le commandant allemand gère toute la région et les dépôts d’essence très importants dans la forêt voisine. Le maire et le secrétaire acceptent instantanément la demande du Capitaine, mais pour éviter d’attirer l’attention des occupants, il faut absolument changer le patronyme du demandeur. A Grugé l’Hôpital, les nombreux réfugiés belges (femmes et enfants) s’étaient repliés vers le sud devant l’avance allemande. En cette période très tourmentée, un homme jeune, seul et en bonne santé avec un nom à particule voulant partir vers le sud de la France, c’est-à-dire en zone libre, ne peut qu’attirer les soupçons d’un occupant qui recherche et emprisonne les officiers et les soldats français. On choisit un nom de famille commun en Picardie, ce sera "Leclerc".

En cours de matinée, le secrétaire de mairie rédige et le maire signe comme les jours précédents, les différents laissez-passer pour les familles réfugiées qui veulent retourner vers le nord et la Belgique et celui de Philippe Leclerc, représentant en vins, voulant partir dans la direction opposée. Il les porte ensuite à la Kommandantur afin que ces documents  deviennent des « ausweis » validés par l’autorité occupante. Le commandant allemand signe le tout sans méfiance. Dès le soir du 27 juin, une jeune écolière porte sans le savoir au château de Champiré, les faux papiers du futur Général Leclerc.

Mairie gruge

Le 28 juin 1940, de très bonne heure, Mme Yvonne de Bodard accompagne en vélo son frère sur une vingtaine de kilomètres. Il repart avec la bicyclette de femme subtilisée à un allemand qui l’avait volée à une jeune femme du personnel du château d’Etaule, étape de son périple antérieur.

Philippe Leclerc, anonyme et seul, armé de sa seule volonté, retrouve en deux jours sa famille à Vergnes-les-Vignes dans la région bordelaise.

La grande aventure commence. Malgré tous les périls, il rejoint de Gaulle à Londres. Pour protéger les siens, qui ignorent sa nouvelle identité, il garde son pseudonyme "Leclerc". Il s’engage le 28 juillet 1940 dans les Forces Françaises Libres sous le matricule N° 5175.

Sa famille ne saura qu'après Koufra qui est le Général LECLERC.

Malgré ses illustres faits d’armes qui le feront entrer dans la Grande Histoire de France, il n’oubliera pas Grugé l’Hôpital et répondra par une lettre manuscrite à l'invitation du maire. Il écrit : "C'est bien en effet de votre commune d'Anjou que je suis parti en 1940 pour notre lutte victorieuse de cinq années contre l'envahisseur".

Le 17 septembre 1946, il se rendra à une commémoration dans la commune qui lui donna, grâce à une ruse audacieuse, comme il le soulignera ce jour-là, son nom de guerre "Leclerc", et en signant le registre municipal et un document conservés en mairie.

Parmi les nombreux réfugiés qui cherchaient à rejoindre leur domicile, ce laissez-passer providentiel devait lui permettre d'échapper à l'occupant pour rejoindre le Général de Gaulle à Londres.

En quittant la propriété de sa soeur domiciliée à Grugé l'Hôpital, le capitaine Philippe de Hauteclocque n'imaginait probablement pas l'épopée qu'il allait vivre et qui le conduirait depuis les plages de Normandie jusqu'à Berchtesgaden en passant par le Tchad et la Tunisie. 

Un homme, un itinéraire, tel fut son destin.

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